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BOSTENS & POUYDESSAUX
Le Docteur Bitard nous fait parvenir ses impressons sur la journée organisée par l'AMEREVE des Landes le 13 Avril 2010 et complète la première relation de cette sortie.
Bostens et Pouydesseaux : du chrisme au KO respiratoire
Une fois de plus, les absents ont eu tort de déserter les petites routes de cette haute Lande, si secrète et si riche, où la section landaise et son président Michel Bernès-Lasserre, nous avait conviés.
À BOSTENS, 170 âmes et 3 communiants, comme on disait il y a deux siècles, ils auraient pu découvrir l’étonnante église Sainte-Marie,étape sur la voie limousine du pèlerinage de Saint-Jacques-de Compostelle, simple, puissante, harmonieuse, sans doute l’une des plus anciennes des Landes ( Xe-XIe siècle), son clocher barlong (rectangulaire) ajouré de baies ornées de chapiteaux imagés (pour qui, si haut ?) dans l’esprit de ceux de St Sever, l’abbaye-mère. Et quelques uns de ses cinquante trois modillons aux scènes parfois très dénudées, pour stigmatiser, dit-on, les péchés de la chair. Les temps ont changé…
À l’intérieur, un chrisme original. Et une curieuse construction : ce n’est ni un jubé, ni un reste de tribune, mais une arcade de soutènement du grand clocher de 19 mètres, surélevé pour servir de tour de guet.
Ils n’auraient pas vu les fresques gothiques ; nous non plus, puisque détruites, hélas, par une municipalité, lors d’une restauration intempestive…
Mais un merveilleux petit retable naïf, comme ils savaient l’être au XVIIe, où se mêlent des angelots baroques, une annonciation et une assomption de la Vierge.
Comment leur décrire le repas à l’Hôtel de France, à Saint-Justin ? Raffiné et goûteux, landais, sans garbure, que précédait un floc à l’Armagnac du Gers tout proche ; et terminait, en prime, un baba imbibé du même, d’une légéreté à s’envoler vers le ciel, bleu d’azur.
Á POUYDESSEAUX, ils auraient pu déguster, en post-prandial, d’autres nourritures, tout à fait exceptionnelles. Sous la houlette amicale, savante et passionnée de Jean DARRÉ, qui a construit et entretenu de ses mains, en « éveilleur de conscience écologique », comme le souhaitait son maître Jean-Rostand, ce site-conservatoire, où un forage à température constante, -chut, c’est un des secrets de fabrication- régule celle des pièces d’eau pour le plus grand bien des grenouilles, sangsues, cistudes et écrevisses à pattes blanches, qui se multiplient ici, loin de toute pollution.
Sa maîtrise dans l’élevage en milieu naturel de la Rana esculenta, l’a conduit –dans le sillage de Schulte, Straus et de Nikorov, à travailler en coopération avec une équipe de neuro-biologistes de l’hôpital la Pitiè-Salpêtrière. Ils espèrent que l’on pourra utiliser cette étonnante propriété - « le K.O. respiratoire »- qu’à leur cerveau de sécréter une enzyme permettant au tétard de passer d’une respiration branchiale à une respiration pulmonaire, au moment de sa transformation en grenouille. Son utilisation géniale en thérapie humaine pourrait prévenir la mort subite du nourrisson, améliorer les insuffisances respiratoires et bouleverser le pronostic de l’apnée du sommeil.
Jean DARRÉ élève et chérit aussi une petite bête qui peut multiplier son poids par huit, par pure goumandise de sang ; et passer ainsi de 3 à 25 grammes. Elle possède 3 machoires, 122 dents, 5 paires d’yeux et 32 cerveaux. Et, mieux que le chameau, peut rester deux cents jours sans se sustenter. La différence avec nous, c’est que si un homme de 8o kgs imaginait d’ingurgiter 8 fois son poids en nourriture, il n’y résisterait pas. Cela n’empêche nullement la sangsue hirudina de vivre trentenaire.
Elle était utilisée empiriquement en médecine depuis la plus haute antiquité. Et, il n’y a guère, par nos grands-mères. Les russes, qui s’en servent encore quotidiennement, ont montré qu’elles étaient des usines à enzymes. L’une d’elle, l’hirudine, a précédé l’héparine comme traitement anticoagulant. Après eux,les suisses et les allemands et bien d’autres, cette propriété a attiré l’attention du bordelais Jacques LATRILLE, qui a proposé à Jean DARRÉ de travailler sur ces vers annelés. Tous deux ont « contaminé » un autre bordelais, Jean BAUDET, qui les a utilisées dés 1972, en chirurgie plastique et réparatrice, où elles font merveille, fluidifiant le sang, opérant un drainage veineux, qui permet de revitaliser les tissus et facilite des greffes à l’avenir incertain.
Grâce à l’expérience qu’avait acquise Jean DARRÉ pour l’élevage des grenouilles, il a pu acclimater des sangsues, en voie de disparition chez nous dans les marais d’Audenge, à partir d’une souche russe. Et constituer la quatrième unité de production du monde. Ce qui permet à ce centre privé de vivre en toute autonomie.
Nous nous sommes promenés au milieu des molinies, carex, nymphéas et autres drosera –encore une carnivore-, admirant au passage les torredons de l’Osmonde royale, la plus grande fougère de nos Landes.
Le Centre de POUYDESSEAUX, un monde préservé, rare, d’où pourraient sortir des découvertes révolutionnaires, bien méconnues encore, en France…
Claude BITARD
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