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LOUIS TRIBONDEAU
Louis Tribondeau a illustré la Faculté de Médecine de Bordeaux en devenant le coauteur de "la loi Bergonié-Tribondeau". Éleve de l'école de santé navale, sa mémoire a été évoquée par le Médecin Général Brisou, lors d'une conférence donnée le 8 Avril 2010 à l'amphithéatre Pitres de l'ancienne Faculté de Médecine, à l'occasion des cérémonies du dernier baptême de la dernière promotion de Santé-Navale avant la fermeture de l'école.
LOUIS TRIBONDEAU
1872-1918
Médecin principal de la marine
Coauteur de la loi «Bergonié-Tribondeau»
Le 19 Septembre 1918 disparaissait à Corfou, dans le palais de l'Achilléion transformé en hôpital maritime, le médecin principal Louis Tribondeau, à l'âge de 45 ans, emporté par la grippe espagnole. Non seulement la marine perdait un médecin d'une grande valeur, mais encore la disparition de «ce savant modeste», selon l'ordre du jour du vice-amiral Gauchet, était une perte pour la faculté de médecine de Bordeaux, pour l'école pastorienne et pour la médecine française.
Qui était-il et quels étaient ses mérites ?
Louis Tribondeau est né à Cette (orthographe de l'époque) le 27 Novembre 1872. Il passe son enfance et son adolescence à Bordeaux où son père est employé à la compagnie des chemins de fer du midi. Peut-être l'activité intense du port a-t-elle incité le jeune homme à s'engager dans le corps de santé de la marine, dont l'école venait d'être créée? Quoiqu'il en soit, il intègre l'École principale du service de santé de la marine le 25 Octobre 1891. Il est reçu 10e sur 40, après avoir préparé le concours d'entrée à Rochefort, à l'ancienne école des chirurgiens de la marine devenue école annexe. L'école de Bordeaux, en construction, ne sera terminée qu'en 1893 et, en attendant, les élèves logent dans les bâtiments de l'ancien asile d'aliénés. Il suit les cours à la nouvelle faculté, créée en 1874, inaugurée en 1888, et valide ses stages à l'hôpital St André. Son cursus universitaire et hospitalier est brillant. Externe des hôpitaux en novembre 1892 chez le professeur Demons, il est admis aide d'anatomie le 16 mars 1894, puis prosecteur quelques mois plus tard. Il travaille dans les laboratoires des professeurs Bouchard et Massé. Ayant aisément enlevé la place de major de promotion dès la seconde année, il s'illustre déjà parmi ses confrères civils et remporte les prix du concours de fin d'année en 1893 et 1894. Son directeur demande au ministre de la marine de lui témoigner sa satisfaction. Le 30 Janvier 1895, il soutient sa thèse intitulée « Du traitement de l'hydrocéphalie ». Devenu médecin auxiliaire de deuxième classe il est maintenu à l'école afin de poursuivre ses activités de prosecteur de faculté.
Nommé médecin de 2e classe le 1er septembre 1895, il embarque pour sa première affectation, en campagne de guerre, sur le transport-aviso Rance qu'il rejoint en baie de Diégo-Suarez, alors que le corps expéditionnaire, parti de Majunga, est décimé par le paludisme avant d’investir Tananarive. De retour à Toulon en août 1896, il est affecté aux hôpitaux ; cette courte campagne lui permet de publier dans les Archives de médecine navale (AMN) un article sur « la bourbouille», cette éruption sudorale propre aux européens dans les pays chauds. Le 25 mars 1897, il rejoint à Nouméa l'aviso Aube, attaché aux îles de la Société, pour son deuxième embarquement. Naviguant d'île en île, il se familiarise avec les pathologies locales et s'intéresse particulièrement au «tokelau», mycose cutanée fréquente dans le Pacifique et identifiable par sa « cocarde ». A partir de squames, il cultive pour la première fois "le Trichophyton concentricum" sur pulpe de noix de coco.
Après cette campagne, s'ouvre pour Tribondeau une période de 5 ans sans embarquement lui permettant d'acquérir de nouveaux titres et de participer à des travaux scientifiques auxquels son nom restera attaché.
En mars 1900, il est nommé, pour 2 ans et sur concours, prosecteur d’anatomie à l’école annexe de Rochefort. Il est remarqué par ses supérieurs comme «médecin d'une valeur exceptionnelle» et «très au courant des applications de la bactériologie à la médecine». En 1902, venant d'être promu médecin de première classe à 30 ans, il devient, toujours par concours, chargé de l'enseignement de l'histologie normale et pathologique à Santé Navale. Il succède ainsi à Le Dantec, élu par l'Université pour créer le premier enseignement français consacré aux maladies des pays chauds.
A partir de Novembre 1904, il collabore aux travaux du professeur de physique et d'électricité médicale Jean Bergonié, l'homme de la mesure et de la quantification en médecine. Bergonié cherche à préciser sur les tissus l'effet des rayons X découverts en 1895 par Röntgen. Dans ce but, il irradie à doses progressives des testicules de rat dont Tribondeau fait l'étude anatomopathologique. Ces deux chercheurs constatent que plus les cellules sont jeunes, peu différenciées et en forte activité multiplicatrice, plus elles sont altérées par les rayons X. A l'inverse, les cellules différenciées, sans activité mitotique, ne sont pas lésées. Ces observations, confirmées par de nombreuses expérimentations, donnent lieu à 6 comptes-rendus à la Société de biologie entre décembre 1904 et juillet 1908. Ces travaux, présentés à l'Académie des sciences par le physicien-biologiste d'Arsonval, obtiennent le prix Montyon décerné par l'Institut le 20 décembre 1909. De cette collaboration féconde résulte «la loi de Bergonié-Tribondeau» (1904-1906), qui justifie la radiothérapie des cancers et les mesures de protection lors de l'utilisation des rayons X.
Après 5 années passées à Bordeaux comme enseignant et chercheur, il est désigné, à la demande de Jean Constans, ancien ministre, ambassadeur à Constantinople, pour servir sur l'aviso Jeanne Blanche, stationnaire de l'ambassade. Il devient, ainsi, le délégué sanitaire de la France et siège au Conseil supérieur de santé de l'Empire ottoman. A ce poste, il prend une part active à l'accession de la Turquie au Bureau international d'hygiène publique, jouant un rôle majeur de prévention contre les maladies épidémiques en Méditerranée.
En 1911, il suit le cours de microbiologie de l'Institut Pasteur. En 1912, promu médecin principal, il est nommé à la direction du service de bactériologie et affecté à l'ambulance maritime de Lorient. Là, il mène des travaux sur le diagnostic de la syphilis : il améliore la réaction de Wassermann et perfectionne l'identification du tréponème par l'imprégnation argentique connue depuis sous le nom de "coloration de Fontana-Tribondeau".
En 1913, il collabore avec Hyacinthe Vincent au Val-de-Grâce ainsi qu’avec le professeur Chantemesse dans son laboratoire, à l'élaboration du vaccin contre la typhoïde qui deviendra obligatoire dans l'armée française le 28 Mars 1914.
Au début de la Grande Guerre, affecté sur les cuirassés Justice puis Patrie, de l'armée navale basée à Toulon, il est remarqué par l'amiral pour sa valeur technique mais aussi pour son dévouement et son énergie. En août 1915, il est affecté au nouvel hôpital maritime de Toulon comme chef du laboratoire de bactériologie. Esprit inventif, en cette période de pénurie de matières premières, il crée des mélanges de colorants - éosinate d'azur et hématéine à l'argent - très utiles en hématologie et en parasitologie. Esprit pratique il met au point une aiguille à ponction veineuse qui porte son nom.
En Novembre 1917, il est désigné pour l'hôpital maritime de Corfou, comme chef de service de bactériologie et du service des fiévreux. Il s'y dépense sans compter jusqu'au jour fatal où il sera emporté par « une maladie contractée en service, en prodiguant ses soins aux malades de l'armée navale» selon les termes de la citation à l'ordre de l'armée. Le vice-amiral, commandant en chef de la 1e armée navale, décide que l'hôpital de l'Achilléion sera désormais appelé « Hôpital Tribondeau ».
La mémoire de Louis Tribondeau se perpétue. En 1927, le pavillon abritant le laboratoire de bactériologie de l'hôpital maritime à Toulon devient le Pavillon Tribondeau. La promotion 1965 de Santé Navale porte son nom. En 1992, le laboratoire de bactériologie de l'école de Bordeaux sera baptisé Louis Tribondeau. En 1994, une mission navale faisant escale à Corfou constate que, sur le pilier gauche du palais de l'Achilléion restauré et devenu musée, la plaque « Hôpital Tribondeau » est toujours en place.
Texte rédigé d'après la conférence du Médecin Général Brisou et avec son approbation.
JP Morineaud
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