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BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR DELMAS-MARSALET
Le Docteur J.Julien nous a adressé une notice biographique sur le Pr. Delmas-Marsalet dont il fut l'élève.
Le Professeur Paul Delmas-Marsalet (1898-1977) était né à Dax dans une famille médicale. Il rappelait volontiers qu’il y avait dans ses ascendants des médecins à chaque génération depuis le 17e siècle. Très attaché à ses origines landaises, c’est à Dax qu’il avait fait ses études secondaires rapportant de ses années dacquoises quantités d’anecdotes. Je me souviens entre autres du récit émerveillé qu’il faisait de sa rencontre avec les acteurs de la Comédie Française qui répétaient Chanteclerc sur le quai de la gare ! Ses études de médecine furent interrompues par la guerre 14-18 où il partit en 1917 à 19 ans comme médecin auxiliaire de bataillon. Décoré de la croix de guerre avec deux citations, il revint à Bordeaux à la fin du conflit. Interne des hôpitaux en 1922 puis chef de clinique du Pr Henri Verger, il soutint sa thèse inaugurale, restée célèbre, sur « les fonctions motrices du noyau caudé chez le chien ». Dans cette thèse inspirée par V. Pachon dont il était élève, il soulignait le rôle du noyau caudé sur les réflexes de posture et dans la mimique. Vinrent ensuite une série de travaux neurologiques fondamentaux sur les réflexes de posture (1927), le lobe frontal et équilibre (1936), les phacomatoses, la physiologie du muscle strié (1958), les épilepsies morphéiques.
Au cours de cette période, il avait été nommé, en 1941, professeur de clinique des maladies nerveuses et mentales de la faculté de médecine de Bordeaux.
Ses publications en psychiatrie furent aussi nombreuses et remarquées. Citons ses travaux sur la pathomimie, le double en psychiatrie, la délinquance juvénile et l’homosexualité. Mais son nom reste surtout attaché à la mise au point de la convulsivothérapie par le Cardiazole puis par électrochoc. Il mit au point un appareillage qui fut très largement utilisé en France. Sur le mode d’action de la sismothérapie, il développa la thèse de la dissolution-reconstruction (1943) inspirée des idées de Goldstein : la guérison n’est pas la restitution d’un état initial mais la mutation d’un agencement en un autre.
Le professeur Delmas-Marsalet ne fut pas seulement un esprit original et inventif dont témoignent ses nombreux travaux : il fut aussi un enseignant hors pair aidé en cela par son charisme, la clarté de son propos et son talent d’orateur. Tous les gens de ma génération se souviennent des leçons cliniques du mercredi qu’il donnait à l’Hôpital St André où assistaient non seulement ses élèves mais aussi un grand nombre de médecins des autres services de l’hôpital si bien que ces leçons du mercredi acquirent une très grande célébrité et furent sans doute à l’origine d’un certain nombre de vocations neurologiques.
En 1968, la fièvre estudiantine remit en cause les enseignements traditionnels et en particulier les cours dits magistraux. Mais alors que nous demandions à un petit groupe d’étudiants quel type d’enseignement leur paraissait le plus pertinent, sans hésitation, ils répondirent les cours du Professeur Delmas-Marsalet. Peut-il y avoir un plus bel hommage ?
En 1956, fut inauguré le centre Jean Abadie. Cet hôpital qui regroupait la neurologie, la psychiatrie, la neurochirurgie et les explorations neuroradiologiques, neuropathologiques et fonctionnelles, était un une construction d’un genre nouveau et le premier en France. Cet hôpital voulu par le Professeur Delmas-Marsalet répondait à sa conception de la neurologie intégrée à la psychiatrie et aux disciplines corollaires. N’ayant pas un goût particulier pour l’organisation du quotidien, il est d’autant plus remarquable qu’il ait pu mener à bien ce projet.
À côté de sa vocation neurologique et psychiatrique que nous venons d’évoquer à grands traits, le professeur Delmas-Marsalet avait une passion pour l’art et il s’est adonné à différentes activités telles que l’art du vitrail ou de la photographie mais sa passion la plus affirmée fut la musique. Non seulement, il jouait du piano avec brio mais il composait de la musique dans une inspiration de style romantique. Il avait noué des liens d’amitié avec Francis Poulenc à qui il vouait une grande admiration. C’est à Francis Poulenc qu’il soumettait régulièrement ses différentes compositions pour le piano bien que le maître lui prodiguât des encouragements mesurés. Il lui avait dit un jour « vous composez de l’adorable mauvaise musique ». Bien qu’équivoque, ce commentaire lui plaisait beaucoup et n’avait entaché en rien leur amitié réciproque.
Cette passion pour l’art, il aimait la partager avec ses élèves et là encore, il déployait toute l’originalité de sa pensée dans des considérations où toute notion de temps était abolie et qui laissaient son auditoire impressionné et admiratif.
L’œuvre considérable laissée par le Professeur Delmas-Marsalet a été recueillie par ses nombreux élèves parmi lesquels : G. Faure, H. Blanc, P. Loiseau, Cl. Vital, Marc Bourgeois, J.-D. Vincent, J. Julien, qui se sont, chacun dans leur domaine, appliqués à la poursuivre de leur mieux.
Docteur Jean Julien
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