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BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR V. PACHON
VICTOR PACHON 1867 - 1939
Si vous ouvrez le Grand Dictionnaire Larousse au mot pachon, vous lirez : "pachon, nom masculin (du nom du physiologiste français Michel Victor Pachon) ; oscillomètre servant à mesurer la tension artérielle et ses oscillations", rien d'autre sur le savant qui illustra la Faculté de Médecine de Bordeaux et dont le nom est devenu commun.
Faire revivre cette illustre figure de la médecine, nous paraît un devoir car il fut l'héritier et le continuateur des grands physiologistes qui honorèrent la médecine française dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle : Chauveau, Marey, Brown-Sequart, François Franck et n'oublions pas Claude Bernard. Il instruisit les maîtres que nous avons connus et qui participèrent à notre formation pour certains: R. Moulinier, R. Fabre, P.Broustet, P.Delmas-Marsalet... Certes, il fut l'inventeur de cet appareil que nous avons largement utilisé lors de nos études et de notre exercice pour mesurer la tension et explorer les artères mais là ne se borna pas son activité qui s'étendit dans de multiples domaines de la physiologie, le faisant apparaître souvent comme un précurseur.
Victor Michel PACHON est né à Clermont-Ferrand en 1867. Il appartient à une famille honorable peu fortunée. Son père est un modeste fonctionnaire, employé à la Trésorerie-Générales des Finances. Brillant élève dans l'enseignement secondaire, nous le retrouvons, certainement au hasard des mutations de son père, à Poitiers où il passe en 1885 les baccalauréats ès sciences et ès lettres avec mention très bien. Son père veut faire de lui un fonctionnaire. Il décide une tout autre orientation. Passionné de sciences et de recherches, il s'inscrit en première année à l'Ecole de Médecine de Poitiers. Il s'y révèle un brillant étudiant plusieurs fois lauréat. Mais l'enseignement parisien l'attire. Il s'inscrit en deuxième année à la Faculté de Médecine de Paris et sans aucun soutien, sans aucune recommandation, entre au laboratoire de physiologie dirigé alors par Charles Richet. Cursus d'un étudiant doué, travailleur, opiniâtre, qui le mène à une thèse qu'il réalise pratiquement seul, dans le laboratoire du Professeur Richet sur un sujet choisi par lui-même : "Recherches expérimentales et cliniques sur la fréquence et le rythme de la respiration". Il y montre l'influence du cerveau, de son tonus, sa suppression entraînant un rythme périodique (Cheyne-Stokes). Ce travail est particulièrement remarqué. C'est en 1892. Pachon n'a pas vingt cinq ans. Lauréat de la Faculté de Médecine de Paris... mais sans ressource. Il doit tâter de la médecine praticienne et exerce pendant quelques mois dans une petite localité du département de l'Orne. Heureusement, une situation modestement rémunérée de préparateur de pharmacologie chez le Professeur Pouchet et de moniteur de démonstrations pratiques aux cours de physiologie de la Faculté de Médecine de Paris, lui permet de reprendre le cours de ses études. C'est alors qu'avec le concours d'un jeune chercheur espagnol, Carvallo, il réalise chez le chien et le chat l'extirpation totale de l'estomac avec une survie appréciable, ouvrant la voie à la chirurgie de l'estomac chez l'homme (1893 - 1898). Le Professeur Gley qui l'avait remarqué l'associe à la découverte de la fonction anticoagulante du foie (1895 -1910). PACHON est alors bien intégré dans le milieu de la physiologie de la capitale. Rien de surprenant qu'il vise, alors, une agrégation de physiologie, celle de Bordeaux par hasard! Il y est brillamment reçu en 1895, malgré l'absence dans le jury de son patron Richet retenu par la maladie. Il est accueilli à Bordeaux avec beaucoup d'enthousiasme par les étudiants qu'il conquiert par la haute tenue de ses cours et leur valeur pédagogique. A cette époque la durée de l'exercice d'un agrégé est de neuf ans. C'est pendant ces neuf années qu'il jette les bases de ses remarquables recherches sur le cœur et la circulation aidé par de nombreux élèves tel Moulinier de l'École de Santé Navale, devenu par la suite un physiologiste apprécié. Sa carrière se déroule dans notre ville à laquelle il dira toujours son attachement. La générosité d'un de ses maîtres parisiens lui vaut un petit laboratoire dans la Faculté.
Marey, au siècle précédent a mis au point l'enregistrement par sa capsule à paroi élastique du "cardiogramme". Cet examen s'avère décevant pour les cliniciens en raison des variations de sa morphologie et de son peu de reproductibilité. PACHON a l'idée de l'enregistrer en décubitus latèral gauche permettant ainsi un contact plus étroit entre l'élément explorateur et la masse cardiaque. Le cardiogramme devient ainsi un examen fiable et utile pour le clinicien, reproduisant la morphologie de la courbe hémodynamique intracardiaque. Par extension et en clinique, ce décubitus latéral gauche prend souvent le nom de "position de Pachon" ou plus simplement en "Pachon". C'est dans les archives de la Société de Biologie de Saint-Pétersbourg en 1904, que fut publié ce mode d'enregistrement chez l'homme.
PACHON, dès 1899, s'intéresse à la mécanique cardiaque et vasculaire. Ses recherches aboutissent à la construction de son oscillomètre sphygomanométrique "à grande sensibilité et à sensibilité constante" (CR Soc. de Biol. 15 Mai 1909 LXVI p. 776-779). Sa précision fut toujours reconnue, dans notre région surtout. Sa fragilité et son encombrement lui firent préférer des appareils plus simples, plus commodes, mais pas toujours aussi fiables.
PACHON applique le critère sphygomanométrique à l'évaluation de l'effort et de l'entraînement physique, de préférence au pouls. "Ce critère, a-t-il écrit doit avoir son application partout où se déploie de l'activité humaine, non seulement sur le terrain de l'éducation physique, de l'hygiène générale, mais aussi dans le domaine industriel de la vie de l'ouvrier comme dans celui de la vie du soldat, c'est-à-dire là ou plus qu'ailleurs encore, le travail doit être étroitement adapté à la valeur fonctionnelle de l'individu". Conceptions très modernes pour l'époque que nous retrouvons dans nos actuelles épreuves d'effort.
Avec son élève Busquet, il entreprend des recherches sur les actions des ions potassium (K) et calcium (Ca) sur le muscle cardiaque. Ses expériences montrent les conséquences toxiques des concentrations anormales de ces éléments. Il ouvre, de loin, la voie à des découvertes qui iront jusqu'à l'intimité de la cellule cardiaque et le transport des ions à travers sa membrane. Il était, là aussi, un précurseur.
Une partie des travaux de ce savant est commencée à Bordeaux mais poursuivie à Paris, car agrégé à Bordeaux, son exercice contre toute attente et aussi toute justice, n'est pas prorogé au-delà de neuf ans et, une fois de plus, il se trouve privé de toute possibilité d'activité scientifique ; mais une fois de plus le secours vient de Paris. Marey le fait nommer Maître de Conférences au laboratoire de physiologie générale de l'Ecole des Hautes Etudes, au Muséum National d'Histoire Naturelle (1904 -1908). Il peut ainsi poursuivre ses travaux et attendre la vacance de la chaire de physiologie de la Faculté de Médecine de Bordeaux. Il y est élu par le Conseil Supérieur de l'Instruction Publique, nommé par le Ministre en 1912. Il fait sa leçon inaugurale le 14 Mars 1912.
Avec ses cours, il reprend ses travaux aidé par ses élèves dont R. Moulinier, H. Busquet, Deniges, Le Moal, Turlais, R. Fabre, P. Broustet, Petiteau, Delmas-Marsalet...
Avec son élève Petiteau, il aborde l'étude de la contraction musculaire directe ou réflexe ; avec Delmas-Marsalet il renoue avec la physiologie des centres nerveux supérieurs des corps striés, plus particulièrement du noyau caudé et de leur rôle dans l'équilibration et la fonction tonique.
Les dernières années de sa carrière sont assombries par une santé déficiente mais c'est à partir des années trente que son état se dégrade de plus en plus. Il fait valoir ses droits à la retraite, se retire du côté de Lyon où habite sa fille, unique enfant semble-t-il. Il meurt en 1939. Il était âgé de 72 ans. Son nom est aussitôt donné au Laboratoire de Physiologie de la Faculté de Médecine de Bordeaux. Une rue de l'agglomération portera ultérieurement son nom.
Il est correspondant national de l'Académie de Médecine de Paris, Membre de la Société Biologie, Membre Associé de la Société des Sciences Médicales et Naturelles de Bruxelles, Chevalier de la Légion d'Honneur, Officier de l'Instruction Publique, Officier de la Santé Publique.
Il a publié dans de nombreuses sociétés savantes en France et à l'étranger. Il n'a pas écrit, semble-t-il, de traité magistral.
Le Professeur Broustet, en 1930, dans sa thèse inspirée par V. Pachon parle de "ses éblouissantes leçons" du cours de Physiologie, son élève et successeur R. Fabre, de "ses surprenantes qualités pédagogiques". Au cours des conversations de chaque instant, précise R. Fabre, sa pensée se donnait libre cours. Il l'exprimait avec limpidité et sous une forme où l'élégance de la phrase était égale à la précision du terme.
Professeur de Faculté de Médecine, il avait conscience qu'il s'adressait à de futurs praticiens. Aussi dans sa leçon inaugurale (1912) proclamait-il déjà que son enseignement comme ses recherches étaient physiologiques quant à la lettre, médicales quant à l'esprit.
Pour terminer nous voulons rappeler une maxime écrite sur le mur de l'Amphithéâtre de Physiologie qu'il avait déjà citée dans sa leçon inaugurale "L'herbe ne pousse plus sur le chemin qui conduit de l'hôpital au laboratoire"r pastichant, un proverbe oriental ■
Dr Jean GAZEAU
Travail effectué grâce aux documents aimablement prêtés par la Bibliothèque Universitaire des Sciences de la Vie et de la Santé. Université Victor Segalen Bordeaux 2 et du Service des Archives Universitaires Bordeaux 2.
NB. Cette biographie écrite par le Dr. Gazeau a déjà été publiée dans le Bulletin de l'AMEREVE de Janvier 2001.
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