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LE DOCTEUR JEAN HAMEAU
Le Professeur Battin nous a adressé la biographie d'un médecin ayant exercé autour du bassin d'Arcachon dans la première moitié du XIXème Siècle.Sa vie est exemplaire pour le dévouement à ses patients et par ses intuitions novatrices sur l'origine des maladies.
Le docteur JEAN HAMEAU
Jean Hameau, 1779-1851, a été un génial médecin de campagne, qui en savait plus sur la médecine étiologique, que les « patrons » de son temps, selon les propres termes du professeur Joseph Grancher, le collaborateur de Pasteur, auquel Gustave Hameau fit découvrir l'œuvre de son père.
Elève de Corvisart à l'hôpital de la Charité à Paris, puis de l'Ecole Saint-Côme à Bordeaux, où il est fait officier de santé, puis docteur de la faculté de Montpellier en 1807, Jean Hameau a été plus qu'un bon médecin de campagne, compatissant pour ses malades à la manière du docteur Benassis de Balzac. Il se rendait à cheval depuis La Teste dans toutes les communes bordant le bassin d'Arcachon, jusque dans la grande lande. Seul docteur de cette contrée, doué d'un esprit d'observation aigu et de réflexion et à l'abri des querelles parisiennes il fit de nombreuses communications à la société de médecine et à l'Académie de Bordeaux, ainsi qu'à l'Académie de médecine, mais ses vues étaient trop en avance pour être retenues. Il publia des observations remarquables sur la transmission de la morve, sur la pellagre, maladie de la misère, sur le traitement des fièvres palustres par le quinquina, des dysenteries par l'ipéca. Il préconisa les bains de mer. Il fut également un pionnier de la prévention en militant dès son retour en 1802 en Gironde pour la vaccination jennérienne, puis pour l'obtention d'eau potable en creusant des puits filtrants, sur les moyens d'éviter le choléra.
Il mérite surtout de ne pas être oublié comme précurseur de Pasteur. Il pressentit et osa affirmer l'existence de "virus", terme qu'il emprunta à Cicerón qui signifie poison. Il définissait ainsi des infiniment petits capables de produire des infections, des parasitoses et des épidémies par trois processus, la contagion, l'incubation et la multiplication. Il serait juste de donner à Jean Hameau une juste place aux côtés des plus perspicaces de son temps, dans la recherche des causes des maladies, Laennec et Bretonneau, le médecin de Tours, qui démontrait également la spécificité des maladies, à propos de la diphtérie et de la dothiénentérie (1). Leur lucidité s'opposait à la physiopathologie dominante répandue par Broussais qui rendait compte des maladies par l'inflammation liée à une gastro-entérite, les réactions morbides n'étant qu'individuelles. Les réflexions de Jean Hameau sur les virus restèrent théoriques, car, malgré les heures passées à son microscope, il désespérait de les mettre en évidence, mais avec soixante ans d'avance, il annonce l'avènement de la bactériologie. Il avait compris que les virus, étant doués de vie puisque se multipliant, pourraient être détruits, anticipant ainsi sur l'asepsie, l'antisepsie et l'antibiothérapie.
Parmi les nombreux écrits de Jean Hameau, sa thèse reprise et enrichie de son expérience dans un mémoire inédit de 1812, dresse la cartographie physico-médicale des communes bordant le bassin d'Arcachon, suivant le modèle donné par Hippocrate dans son traité Des airs, des eaux et des lieux, qui jette les fondements d'une éco-pathologie. Ce texte a l'intérêt, non seulement de décrire les maladies régnantes dans cette région en fonction du climat, de la pluviosité et du mois de l'année, mais II nous renseigne sur les classes sociales, les maladies du travail, les faibles ressources économiques venant du sol et de la mer et sur la topographie de ces landes misérables parsemées de marais malsains. On apprécie ainsi combien la loi de plantation des pins de 1857 a été salutaire en assainissant le pays, le faisant accéder à la modernité. L'enfer est devenu un paradis, grâce au travail des humains. Jean Hameau, en visionnaire, y a contribué en tant que médecin, témoin de la misère de la population et des remèdes à apporter pour améliorer la santé publique, puis en tant que maire de 1844 à 1848.
J. Battin
Note (1) la typhoïde
Bibliographie: Battin J.: Jean Hameau, un médecin précurseur. Les Editions de l’Entre-deux-Mers; 9 le Bourg- La Maison d’Hélène, 33750 Saint Quentin-de-Baron
Cet ouvrage du Pr.Battin est très intéressant pour la biographie de J.Hameau, mais aussi pour la connaissance de l'histoire et de la géograhie humaine de cette région. Il montre aussi que la pensée médicale ne peut progresser si les moyens techniques n'existent pas, ce qui fut le cas de J.Hameau en avance sur son temps. On peut noter qu'à son époque il exerçait dans un pays déshérité soignant une population misérable dont la longévité de la vie dépassait à peine 34 ans. Chez les enfants il observe des "anasarques" faisant penser au "kwashiorkor" des petits africains carencés en protéine.
JP Morineaud
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