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LE PROFESSEUR JEAN BERGONIÉ
Le Professeur B.Hoerni a écrit une très belle et très complète biographie du Pr.Bergonié. Nous avons extrait de cet ouvrage les faits les plus remarquables d'une vie consacrée à la médecine.
LE PROFESSEUR JEAN BERGONIÉ
Le professeur Bergonié a honoré et fait briller la médecine bordelaise en France et à l’étranger pendant plus de 40 ans. Il est intéressant de s’arrêter quelques instants sur sa vie pour connaître les qualités de cet homme hors du commun.
Du café de Casseneuil à la chaire de la Faculté de Médecine
Jean-Alban Bergonié, fils d’un cafetier de Casseneuil, petite ville du Lot & Garonne, naît le 7 Octobre 1857. Après des études secondaires au collège de Marmande puis au lycée à Bordeaux, il obtient le baccalauréat ès lettres en 1876, puis ès sciences en 1877. Il s’inscrit à la Faculté de Médecine de Bordeaux nouvellement créée (1874). A la fin de la première année, il devient par concours préparateur de physique. Parallèlement à ses études de médecine, il obtient une licence de Sciences Physiques (1880) et de Sciences Naturelles (1881). Appartenant déjà au corps enseignant de la Faculté dans les fonctions de maître de conférence de physique du professeur Merget depuis 1881, il soutient sa thèse en Janvier 1883, « Contribution à l’étude des phénomènes physiques du muscle », couronnée par le prix Godard (Médaille d’or). Puis en Juillet 1883, à la suite d’une seconde thèse étudiant « les Phénomènes physiques de la phonation », il est admis à l’agrégation de Physique Médicale. La même année, bien que non titulaire de l’internat il accède à la médecine hospitalière car le Professeur Pitres le charge de l’application de l’électricité médicale dans son service à St André. En 1885, il ouvre un cabinet de consultation rue Gouvion, transféré rue du Temple en 1891 où il exercera et demeurera sa vie durant. Il succède au Pr. Merget dans la chaire de physique médicale en 1890. Il oriente son enseignement vers l’électricité, si bien qu’en 1913 elle devient « Chaire de physique biologique et Clinique d’électricité médicale ». En effet, il est nommé chef de service d’Electrothérapie de St André, puis des hôpitaux de Bordeaux. Il est médecin principal de réserve (commandant). À ce titre, pendant la guerre de 14-18, il dirige l’hôpital complémentaire Grand Lebrun dont le fonctionnement et l’organisation seront cités en exemple. Il y crée le premier service d’électrothérapie militaire.
Inventeur, homme de mesures, chercheur
Il révèle ses qualités dans sa thèse en mettant au point un appareillage permettant d’analyser, d’enregistrer l’élasticité musculaire. Il conçoit des appareils pour mesurer la respiration, la production de chaleur, la tension artérielle avec les oscillations (un précurseur de l’appareil de Pachon).
Dans le domaine de l’électricité il fait de nombreuses innovations et plusieurs appareils portent son nom: une pile, un rhéostat, un onduleur, la bougie électrolytique, le fauteuil pour le traitement électrique de l’obésité, l’électro-vibreur mis au point pendant la guerre, permettant aux chirurgiens de localiser et d’extraire rapidement des corps étrangers ferreux
En radiologie il propose une nouvelle ampoule de Röntgen, une table de radiographie, un radiolimitateur compresseur pour localiser les rayons.
Physicien rigoureux il s’attache à obtenir des mesures précises. Dès 1886 il propose un nouveau galvanomètre ; Il voudrait uniformiser les mesures en physiologie. En radiologie il s’attache aux constantes des appareils et aux mesures électriques dans l’utilisation des rayons X. Il apprécie la pénétration des rayons par une échelle radiochromométrique en fonction de l’énergie délivrée (1908). Dès 1904 avant la définition du Curie (1910), il souhaite une « radiummétrie » pour l’utilisation contrôlée de ce corps radioactif.
Sa qualité de chercheur se révèle de façon remarquable lorsque avec le médecin de marine L.Tribondeau, il irradie des testicules de rat: ils démontrent que les cellules sont d’autant plus sensibles aux rayons X que leur activité mitotique est plus grande ; Il en résulte « la loi de Bergonié-Tribondeau (1904-1906) », loi de radiobiologie justifiant la radiothérapie des cancers et les mesures de protection.
Le médecin électricien et le médecin des rayons de Röntgen
Très tôt Bergonié s’intéresse à l’électricité. Cette science nouvelle a pour précurseur en médecine Duchenne de Boulogne (1806-1875), qui crée l’électrodiagnostic et propose l’électrostimulation thérapeutique. Le terme d’électrothérapie apparaît en 1857. W.Erb publie un traité d’électrothérapie faisant autorité en 1880. L’électricité parait indiquée dans toutes les pathologies, se substituant à une pharmacopée indigente.
L’électricité médicale sous la forme de courants galvanique, faradique et statique s’utilise selon des combinaisons diverses par des appareils variés. Dans les affections neuromusculaires l’électrodiagnostic est performant mais les effets thérapeutiques très relatifs: dans la poliomyélite, appelée alors paralysie infantile, malgré la botte chauffante de Bergonié les effets sont inexistants; dans la névralgie du trijumeau en dépit de nombreuses séances les résultats sont incertains. Certaines indications surprennent comme l’hystérie, la neurasthénie, la maladie de Basedow, les scolioses, les pieds plats. En gynécologie, dans une série présentée avec Boursier Bergonié obtient un arrêt des métrorragies dans 90% des fibromes. Les douleurs des affections rhumatismales sont améliorées. Le traitement de l’obésité mis au point par Bergonié repose sur la stimulation des muscles ; elle est indiquée chez les patients incapables d’efforts physiques. Cependant, il semble que Bergonié après plusieurs années de pratique se soit aperçu que l’électrothérapie ne répondait pas aux espoirs qu’elle avait suscités.
Deux mois après la découverte de Röntgen (Novembre-Décembre 1895), Bergonié écrit : «Jamais nouveau moyen physique de diagnostic n’a fait concevoir en médecine de plus belles espérances ». Le 24 février 1896 il présente à la société d’anatomie et de physiologie de Bordeaux les « nouvelles photographies », notamment une main enveloppée de pansement dont le squelette osseux apparaît. Les temps de pause sont de 1/4 d’heure à 1 heure, mais ils seront vite améliorés car les progrès sont rapides. L’intérêt de la radiographie devient évident « faisant voir l’anatomie autrement qu’on ne l’a apprise »; elle devient un document supplémentaire dans l’observation du malade. Bergonié emploiera longtemps « rayons de Röntgen » de préférence à « rayons X » et pour lui la radiologie restera « une branche de l’électricité médicale ».
Il apparaît très vite que les rayons X ont deux champs d’application : le radiodiagnostic dont la précision s’améliore avec les progrès techniques et la radiothérapie qui sera tentée dans toutes les pathologies au début de son utilisation. Après des essais décevants en pathologie infectieuse, tuberculose notamment, la pathologie tumorale apparaît comme l’indication élective, de même que la « Radiumthérapie » proposée après la découverte de la radioactivité du radium par P. et M. Curie en 1898 mais dont Bergonié ne parlera qu’en 1904.
Les dangers de rayons X sont découverts précocement. Bergonié parle « de cette lumière nouvelle, sirène moderne aussi prometteuse que traîtresse », préconisant des moyens de protection Lui-même en sera victime, puisqu’il devra subir l’amputation du membre supérieur droit et qu’il mourra victime de métastases pulmonaires.
L’enseignant, le journaliste le congressiste
Il assure des cours magistraux à la faculté et fait aussi un enseignement clinique dans son service hospitalier. Avancée pour l’époque, ses cours sont publiés en polycopiés manuscrits ou dactylographiés. A côté de la physique médicale il assure des sessions spéciales d’électricité. Il publie plusieurs manuels de physiques ou d’électricité pour les étudiants et rédige divers chapitres dans le traité de physiologie de Jolyet et en 1905 dans le traité de radiologie du professeur parisien Bouchard.
Il fonde en 1893 les « Archives d’électricité médicales » (AEM). Il y publie des articles de fond ; il consacre une rubrique très complète sur les nouveaux appareils avec leur photographie. Il fait une revue de presse détaillée des publications intéressant sa spécialité et il donne un compte-rendu des congrès. Il publie aussi dans le journal de médecine de Bordeaux dont il est membre du conseil de direction et il donnera des articles dans diverses revues médicales et non médicales.
Il est membre ou correspondant de nombreuses sociétés médicales et scientifiques et il appartient de l’Académie des sciences et arts de Bordeaux. Il est membre actif de « l’Association française pour l’avancement des sciences » ou « Afas » dont il en fait créer la XIIIème section d’électricité médicale
Depuis son voyage d’études en 1885 dans les universités allemandes à la demande du doyen Dénucé pour étudier l’outillage scientifique de leurs laboratoires il participera à de nombreux congrès en France et à l’étranger.
Le centre anticancéreux, dernière réalisation de Bergonié
Au début du siècle, le cancer s’est imposé dans l’opinion comme une maladie redoutable, nécessitant une lutte organisée. En 1923 le ministre de l’hygiène demande au Pr. Bergonié de formuler des propositions. Ce dernier suggère de créer des centres de luttes dotés des moyens nécessaires en personnel et en matériel dans les villes ayant une faculté de médecine. Le ministre suit ces recommandations et demande aux préfets d’organiser la lutte contre le cancer (circulaire du 25 Novembre 1922). En pratique, c’est la mise en chantier des centres anticancéreux dont la loi du 30 Juin 1923 assurera le financement du matériel spécifique. Le ministre vient inaugurer le 12 Février 1923 le centre provisoire dans le service du Pr.Bergonié, à l’annexe St Raphaël de St André en attendant que soit construit le centre définitif sur un terrain offert par un donateur au 180 de la rue St Genès. Ce centre est le premier centre français de lutte contre le cancer. Bergonié malade, amputé du bras droit depuis l’été 22, se dépense alors sans compter pour réunir des fonds, élaborer les plans du futur centre, mais il ne peut assister à la pose de la première pierre le 14 Décembre 1924. Il ne verra pas la dernière réalisation de sa vie et s’éteint le 2 Janvier 1925.
Savant et médecin
Homme à l’esprit cartésien animé dune foi indéfectible dans les acquisitions de la science et d’une volonté inébranlable pour les mettre en œuvre, Jean Bergonié était médecin La conception de son métier s’exprime dans l’éloge qu’il fait du Pr.Bouchard en 1915 : « Par la science préserver les hommes, combattre la mort, réduire la souffrance, c’est ça la médecine ».
Le centre anticancéreux de Bordeaux devenu la Fondation Bergonié, puis l’Institut Bergonié honore sa mémoire et pérennise son œuvre.
JP Morineaud
Bibliographie:Bernard Hoerni,JEAN BERGONIÉ. Éditions Glyphe, Paris.
(Photographie tirée de l'ouvrage publiée avec l'autorisation du l'auteur)
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