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BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR ELIE GINTRAC
Le Président Leduc nous a adressé un texte du Professeur R. Ballager, écrit avant sa maladie, évoquant Elie Gintrac, l'initiateur de la Faculté de Médecine de Bordeaux.(Le texte a été légerement condensé pour les nécessités de la mise sur le site et les intertitres sont de la rédaction).
ELIE GINTRAC
L’initiateur de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
Sait-on encore qui fut Elie Gintrac, en passant derrière l’ancienne Faculté de Médecine dans la rue qui porte ce nom, entre la Victoire et les capucins ? Ce fut pourtant l’un des grands médecins bordelais du XIXème siècle, celui à qui nous devons notre faculté.
Les études et les premières années professionnelles
Né le 9 Novembre 1791, après d’excellentes études classiques, il s’inscrit à l’Ecole élémentaire de médecine de Bordeaux. Étudiant brillant et travailleur, distingué par ses professeurs, il est lauréat de l’école en 1811. Sur leur conseil il termine ses études à la Faculté de Médecine de Paris dont il sera lauréat en 1812 et 1813. Sa thèse soutenue en 1814 a pour titre: « Recherches analytiques sur les diverses affections dans lesquelles la peau présente une coloration bleue et en particulier sur celles que l’on a désigné sous le nom de cyanose ou maladie bleue » : il en obtient une mention flatteuse.
Il revient à Bordeaux et, âgé de 23 ans, il ouvre un cabinet de consultation. En même temps il enseigne l’anatomie à l’école de médecine St Côme, aidant son maître Moulinié, auquel il succède en 1819 à la mort de ce dernier dans la chaire d’anatomie et de physiologie . En 1821 il devient secrétaire de l’École de Médecine. Très tôt il propose la fusion de St Côme et de St André. Elle sera réalisée en 1829 par ordonnance royale sous le nom d’« Ecole Royale de Médecine de Bordeaux ». Il y poursuit son enseignement. Mais en 1830, à l’avènement de Louis Philippe il doit démissionner car légitimiste, il refuse de prêter serment au nouveau roi. Cependant il n’est pas sans ressource.
En clientèle privée il s’est acquis une notoriété qui lui assure l’aisance matérielle. Ainsi en 1832, il est appelé auprès de la Duchesse de Berry souffrante lors de son internement à la citadelle de Blaye. Il lui prodigue ses soins ; guérie et libérée, elle peut repartir en Italie pour se remarier.
Dans le monde médical de l’époque il se fait connaître par ses nombreuses publications, si bien qu’à moins de 30 ans il est membre de la Société Royale de Médecine et de l’Académie Belles Lettres, Arts et Sciences à Bordeaux. Il est correspondant ou lauréat de diverses sociétés médicales françaises, dont Paris, Lyon, Toulouse, Tours, Marseille entre autres, ou étrangères Liège, Louvain.
L’hôpital
Son exclusion des fonctions publiques prendra fin en 1834: il est alors nommé médecin adjoint de l’hôpital St André. Reconstruit en 1829, c’est alors un hôpital ultramoderne pouvant accueillir 620 malades répartis en 12 salles de médecine et 6 salles de chirurgie, tenu par les sœurs de charité de St Vincent de Paul. Il reçoit 8550 malades par an. Gintrac y voit beaucoup de misère et « il se dévoue corps et âme». Au contact d’une pathologie très variée, il apprend beaucoup et travaille sans compter. Comme il avait coutume de le dire : « Il avait apprivoisé la fatigue depuis longtemps». Il est donc normal qu’il soit élu en 1838 médecin ordinaire de l’hôpital St André.
En 1854 il est nommé membre de la commission administrative des Hospices civils de Bordeaux. Il visite tous les services, toutes les disciplines, tous les bâtiments. Son influence est déterminante auprès des administrateurs: ses propositions sont acceptées à l’unanimité, suppression ou vente de bâtiments inutiles, mise en place de nouvelles structures. Mais il fallut de nombreuses années avant leur réalisation : ainsi la maternité fut transférée à Pellegrin et l’hôpital des enfants inauguré seulement à la fin du XIXème siècle.
L’école de médecine et l’enseignant
En Décembre 1838 il est nommé Professeur de Clinique interne à l’École de Médecine, et il le restera jusqu’en 1863. Elle est en pleine expansion, accueillant alors 80 étudiants. Gintrac est un excellent enseignant, clair, précis, méthodique. Son enseignement est essentiellement clinique traitant de faits soigneusement observés et détaillés au lit du malade, pour lequel il a un grand respect. Il développe chez ses élèves le sens de l’observation « par la vue et le toucher afin qu’ils gardent en mémoire une impression durable »
Il est un homme d’observation: s’appuyant sur des données précises, comme en témoigne une publication faite à la suite d’un voyage dans les stations thermales des Pyrénées: « Observations sur les principales eaux sulfureuses des Pyrénées au mois d’Août 1841 » qui lui vaudra le prix Cévrieux décerné par l’Académie de Médecine de Paris.
Son enseignement ne reste pas seulement oral: il écrit des manuels et des traités. En 1841 il publie « Les fragments de médecine clinique et d’anatomie pathologique». En 1853 il fait paraître son « Cours théorique et clinique de pathologie interne et de thérapie médicale » en 9 volumes, véritable encyclopédie du savoir médical de l’époque
.
En 1845 il est Président du Congrès National de Médecine qui se tient à Bordeaux.
En 1846, par arrêté ministériel il sera nommé Directeur de l’École de Médecine. Il occupera ce poste pendant 25 ans jusqu'à sa retraite en 1871. Il n’aura de cesse d’obtenir sa transformation en Faculté de Médecine, au même titre que Paris, Lyon ou Montpellier. Pour justifier cette promotion il cherche à accroître la puissance et la réputation de l’Ecole. Il exige l’exactitude des élèves à suivre les cours et la ponctualité des professeurs à donner leur leçon. Tout était fait pour que les élèves prennent des habitudes de travail, d’assiduité et d’émulation. Mais l’effort de toute sa vie ne sera couronné qu’après sa retraite, puisqu’il faudra attendre la loi du 8 Décembre 1874 pour que soit créée à Bordeaux une Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie.
En 1858 il créera une importante bibliothèque, grâce à un généreux donateur ; elle
comptera 12800 volumes en 1880.
La notoriété et la fin de sa vie
Gintrac est devenu un personnage considérable de la vie bordelaise. Toutes les décisions prises entre 1854 et 1871 pour les hôpitaux et pour l’école de médecine ont été peu ou prou inspirées par lui.
Mais sa notoriété dépasse le cadre de sa ville. Il est membre associé de l’Académie de Médecine de Paris, membre honoraire de l’Académie Royale de Belgique, membre correspondant de diverses sociétés médicales ou scientifiques françaises ou étrangères. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur en1841 et fait Grand Croix en 1868.
Il prend sa retraite complète en 1871, à l’âge de 80 ans. Il se retire dans sa propriété, la maison carrée d’Arlac, où il s’occupera d’un procédé de culture des vers à soie.
Il s’éteint le 4 Décembre 1877 à l’âge de 86 ans.
L’arrêté de la municipalité de Bordeaux du 5 Janvier 1878 vient reconnaître les mérites « de ce savant et son rôle éminent pour la création de la Faculté de Médecine et de Pharmacie en décidant de donner à la rue des incurables, reliant la place St Julien (actuellement la Victoire) à la place des capucins le nom d’Elie Gintrac ».
Pr. R Ballanger
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