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BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR P.BROUSTET
BIOGRAPHIE DU PR. PIERRE BROUSTET (1903-1974)
Le Dr Jean Gazeau nous a adressé une notice biographique de son Maître, le Pr. P. Broustet dont il a été le chef de clinique.
Pierre Broustet, grand patron et fondateur de la cardiologie bordelaise, a vécu une belle époque d’évolution de la médecine en France et dans de monde.
Il naquit en 1903 dans une famille médicale. Son père était médecin à Bordeaux. Après de solides études secondaires il s’orienta naturellement vers la médecine et gravit les échelons des concours avec grand succès: internat, clinicat, médicat des hôpitaux et agrégation en 1937. Il fut titulaire de la chaire de thérapeutique à la faculté en 1949. La chaire des maladies du cœur et des vaisseaux fut créée pour lui en 1956 . Elle existait déjà à Paris, à Lyon, à Marseille, à Lille: il en fallait bien une à Bordeaux !
Ses maîtres se sont appelés Guyot (1921-22), Carles (1921-22), Rocher (1923), Charrier (1923), Dubreuil (1925), Cruchet (1925), Cassaet (1926), Sabrazes (1927), Bousquet (1927), Verger (1928), Lefèvre (1929). Il devint l’élève et le disciple de Pierre Mauriac dont il suivit la tradition médicale et humaniste.
C’est dans le laboratoire de l’éminent physiologiste Victor Pachon, qu’il fit sa thèse en 1930 sur « la cardiographie ». La méthode consiste à recueillir les variations des tensions musculaires de la pointe du coeur à travers le thorax : elle donne des courbes en rapport avec la pathologie du myocarde. Dans ce laboratoire il analysa les renseignements que l’on croyait pouvoir obtenir, certes d’une façon très sommaire, de l’électrocardiogramme limité à 3 dérivations dans l’insuffisance cardiaque. Cela constituait une bonne préparation pour l’abord des techniques d’exploration qui allaient voir le jour et se multiplier dans les dernières décennies du XXème siècle.
Bien que titré, il s’installa à Bordeaux en médecine générale. Il y pratiqua pendant de longues années la médecine libérale, prodiguant ses soins de jour comme de nuit avec beaucoup de dévouement. Il était appelé directement par ses patients quelle que soit la pathologie. Les compétences qu’on lui reconnaissait pour les maladies du cœur le faisaient appeler en consultation par ses confrères médecins mais aussi pour tous les cas difficiles de pathologie générale.
Agrégé de médecine générale, il passait ses matinées dans le service de son maître le Professeur Pierre Mauriac ; il collaborait à la marche du service et s’occupait de l’enseignement aux étudiants. Il était membre de la Société Française de Cardiologie. Ses publications étaient toujours très appréciées. Il en devint le Président quelques années plus tard.
Il était un des rares à Bordeaux à posséder à son cabinet un électrocardiographe, qualifié de portatif, mais dont le poids avec les accus devait dépasser les 30 kilos. Son maniement était extrêmement délicat, et le succès de l’enregistrement n’était pas garanti, tout particulièrement au domicile du patient. Le tracé était enregistré sur film photographique qu’il fallait faire développer chez un photographe. Le résultat de la consultation ne pouvait être connu qu’après examen du tracé, le plus souvent le lendemain. Le Pr. Broustet avait aussi à son cabinet un appareil de radioscopie, permettant d’apprécier le volume du cœur et de l’aorte, d’étudier leur cinétique et de voir l’état des poumons. Il terminait son examen par un calque de l’ombre cardiaque appelé
« orthodiagramme » qui pouvait être comparé avec un calque ultérieur. Electrocardiogramme, orthodiagramme n’étaient que des compléments de l’examen clinique qui avait une grande importance : interrogatoire, palpation, percussion, auscultation aux différents foyers avec identification des bruits anormaux : souffles, roulements, « galop ». Il fallait avec de la patience, un long entraînement, pour reconnaître ces anomalies grâce au stéthoscope devenu l’instrument emblématique du médecin.
Le Pr. Broustet en ses débuts de carrière, et même après, a connu cette séméiologie car il a vécu la pathologie liée au rhumatisme articulaire aigu. La syphilis sévissait encore en ce temps, et touchait en général la valve aortique. La tuberculose était responsable d’épanchements péricardiques qui pouvaient aboutir à une constriction du cœur. L’hypertension était connue surtout par ses complications; il n’y avait pas de traitement efficace. Les affections coronariennes, l’infarctus du myocarde notamment, étaient rares en milieu hospitalier. Un étudiant en médecine des années 40 pouvait faire son cursus hospitalier sans en rencontrer. En quatrième année de médecine, le Pr. Broustet nous avait fait un cours de cardiologie: ce fut une révélation (1946)...
Au lendemain de la guerre un vif intérêt se porta vers les maladies congénitales du cœur, jusque là sans possibilité de traitement. Aux USA, dans les pays du nord de l’Europe, des interventions pour correction furent mises au point. Le Dr. Dubourg, chirurgien des hôpitaux, collègue et ami de Pierre Broustet se rendit aux USA et apprit les nouvelles techniques. De retour à Bordeaux il s’entraîna plusieurs mois sur des chiens et en Juin 1949 réussit la première intervention de correction de la tétralogie de Fallot, connue sous le nom de « maladie bleue », que Pierre Broustet lui avait confiée. L’opération fut décidée sans cathétérisme, uniquement sur l’examen clinique, l’électrocardiogramme, la radioscopie. Elle eut lieu dans un établissement du centre de Bordeaux, la clinique Pasteur. Ce fut un succès qui couronnait bien des efforts. Il y eut, bien sûr, dans cette chirurgie, à cette époque, des échecs toujours douloureusement ressentis par Messieurs Broustet, Dubourg et leur équipe.
Un renouveau de la médecine à Bordeaux se manifesta grâce à des séjours que firent à l’étranger de jeunes chefs de clinique : ainsi Robert Castaing se rendit aux USA chez André Cournand, prix Nobel de médecine pour l'invention du cathétérisme cardiaque . Pierre Blanchot alla chez Paul D.White à Boston, célèbre pour ses travaux sur l’ECG. L’auteur de ces lignes passa 2 ans à l’Institut de Cardiologie de Mexico, centre renommé à l’époque, bénéficiant de l’enseignement de cardiologues de grand talent: Chavez, Sodi-Paillarès, Cabrera. Le Pr. Broustet a toujours eu une grande ouverture d’esprit vis-à-vis des apports à la médecine que ses élèves pouvaient faire en allant se confronter à d’autres services. Il favorisait les séjours à l’étranger et restait très à l’écoute. « Vous apprendrez là-bas ce que, moi, je ne peux vous enseigner », m’avait-il dit pour me convaincre d’accepter une bourse de 2 ans à Mexico.
Il fut l’auteur de publications originales en cardiologie : telle celle qui, en 1946, montrait des modifications caractéristiques de l’ECG, lors d’une crise d’angine de poitrine. Elle passa pratiquement inaperçue. Mais 10 ans plus tard, un cardiologue américain, Prinzmetal, publiait la même observation avec les mêmes conclusions. Depuis, à travers le monde, elle porte le nom « de Syndrome de Prinzmetal ».
C’est en 1950 que s’ouvrit à Bordeaux, à l’hôpital du Tondu, un service médicochirurgical de cardiologie avec deux chefs de service : P. Broustet & G. Dubourg. Il prit rapidement de l’importance car il répondait à un besoin. Il s’y fit des travaux importants. Puis chacun des chefs de service acquit son autonomie.
Le Pr. Broustet fut patron de la clinique médicale cardiologique avec des collaborateurs comme Henri Bricaud, qui prit sa suite, Besse, Dallochio, Clementy, Choussat et bien d’autres. Le service s’imposa en Aquitaine, en France et à l’étranger. Il forma de nombreux cardiologues. Des travaux très constructifs en sortirent sur les troubles du rythme, l’hypertension, les coronaropathies, l’insuffisance cardiaque. Les greffes du cœur ne manquèrent pas (1968). Le Pr. Broustet se montra toujours à la hauteur, dirigeant l’ensemble de son service jusqu’au derniers jours de son existence, puisque une semaine avant sa disparition il organisait un colloque sur les troubles du rythme avec ses homologues parisiens et ses collègues de St André. Malheureusement il n’a pas vu l’ouverture du service de Cardiologie de Haut Lévêque avec sa conception très moderne et ses possibilités pour les futurs cardiologues.
Le Pr. Broustet a marqué son époque: il assuré une parfaite transition entre le passé et l’avenir qui contient toutes nos espérances.
Dr Jean Gazeau
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