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LA REFLEXION DU DR L. CONVERT
SOLIDARTÉ COLLECTIVE OU INDIVIDUALISME ?
La société française, comme toutes les sociétés dites « avancées », est marquée par une montée des valeurs individualistes, et le corps social des médecins n'échappe pas à ce changement notamment lorsque l'on aborde la question de la retraite. On perçoit en effet, dans la partie la plus jeune de la profession, le passage de valeurs traditionalistes c'est-à-dire ancrées dans la tradition, prônant la subordination de l'individu à son groupe d'appartenance et à l'autorité établie, à des valeurs individualistes dont le principe de légitimité réside dans l'individu qui subordonne l'ordre des choses à ses désirs, à ses besoins, à ses intérêts particuliers et à sa seule volonté.
Il en va ainsi de la retraite, qui est un contrat social entre les générations, dont la préparation passe par la constitution d'une créance sur la production des générations futures, au prix du renoncement à une partie de la production présente, contrat que l'Etat doit faire respecter. Certes, aucune procédure ne permet de garantir la valeur réelle de cette créance qui repose sur la force du contrat social, jusqu'à ce jour constamment respecté. C'est ainsi, que les cotisations des actifs ont toujours servi à financer non seulement les retraites du moment, mais aussi la solidarité à l'intérieur de la profession, avec la prise en charge de « droits non contributifs » comme ceux des conjoints et des orphelins, ainsi que la prise en compte des aléas professionnels et personnels avec le régime d'invalidité décès. Les cotisants qui accumulent des « droits à la retraite », devant faire confiance à la génération suivante pour les honorer, c'est la solidarité collective des « fils à l'égard des pères », valeur traditionnelle par excellence. La crainte d'un effondrement du système par répartition en régime démographique défavorable et surtout, la crainte d'un possible refus de payer de la part des générations futures ont eu deux effets, d'une part, la mise en place de la réforme du régime complémentaire, d'autre part, le retour sur le devant de la scène des tenants des valeurs individualistes qui ont senti le moment favorable sous le prétexte de l'augmentation des cotisations, pour remettre en cause un des rares liens de la profession, tout cela pour affirmer leur volonté de gérer seuls leurs besoins et leurs intérêts particuliers. Au-delà de l'analyse que l'on peut faire dans la comparaison des valeurs telles que la solidarité, l'individualisme, la question essentielle reste l'importance accordée à l'équité entre les générations au travers des transferts réalisés. Si l'on veut bien mesurer ces transferts, il importe de bien distinguer leur dimension instantanée et leur dimension longitudinale. Par construction, le transfert instantané entre cotisant et retraité est déséquilibré au niveau individuel, mais reste équilibré sur le plan comptable au niveau de la collectivité. L'analyse longitudinale retrace le solde des transferts reçus ou consentis au cours de la vie d'un individu dans une génération : est-ce que les transferts que je consens à un moment de ma vie vont ''correspondre" à des transferts consentis par d'autres en ma faveur à un autre moment de ma vie ? Certes, le bilan par génération peut être déséquilibré notamment dans une période de mutation démographique, mais, en toute équité, il faut tenir compte non seulement du montant du transfert intergénérationnel, mais également d'autres éléments quantitatifs tels que : la durée et la pénibilité du travail, la qualité de vie, l'espérance de vie immédiatement traduite en années de retraite, le travail du conjoint, te nombre d'enfants élevés, l'augmentation du P.I.B. et des gains de productivité, le taux global d'emploi... Alors, on s'aperçoit que l'idée de génération défavorisée voire spoliée n'a pas de sens : chaque génération passe par les mêmes phases créatrices ou débitrices vis-à-vis du système, si bien que celui-ci ne peut désavantager aucune génération par rapport à d'autres. On peut même dire que l'effet des transferts est plutôt d'avantager chaque génération en termes de bien-être. Les transferts intergénérationnels correspondent à un jeu à somme positive qui perme à chaque génération de bénéficier d’un bien-être supérieur à celui qui aurait été le sien sans transfert.
Dr L.CONVERT
AdministrateurCARMF
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