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BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR L.TESTUT
Nous proposons aujourd'hui une notice biographique du Professeur Testut. S'il est connu pour son Traité d'Anatomie et s'il a été titulaire de la chaire d'Anatomie de Lyon, il est né en Aquitaine et il a fait ses études de médecine à Bordeaux. Ces lignes ont été rédigées grace à la monographie que lui a consacrée Mr. Audinot, ancien Maire de St Avit-Senieur, son village natal et dont le père avait connu le Pr. Testut. Nous lui adressons nos chaleureux remerciements
LE PROFESSEUR Leo TESTUT
Découvrir le buste et la maison natale de L.Testut à St Avit-Senieur, petit village du sud de la Dordogne, loin de tout grand axe routier, est une surprise pour le médecin dont les deux premières années de faculté ont été nourries aux pages du célèbre traité d’anatomie de « Testut ». C’est dans ce paisible village aux maisons médiévales, sans doute très actif par le passé comme en témoignent une grande basilique et les ruines d’un château, que naît Jean-Léo Testut le 22 mars 1849. Son père travaille à la fois comme ouvrier dans une fonderie de la vallée de la Couze, affluent de la Dordogne, et comme journalier agricole. Cependant après la naissance de Léo, voulant s’arracher à sa condition économique sans avenir il ouvre une quincaillerie à Beaumont, plus gros village à 4 km de St Avit. Malheureusement son épouse décède lorsque son fils a 6 ans ; il l’élèvera seul.
Très tôt, l’instituteur et le curé remarquent la vive intelligence du petit Léo. Alors le vicaire lui donne des leçons de latin et son père consent à le laisser entrer au petit séminaire de Bergerac. Ses études sont brillantes et il obtient le baccalauréat. Délaissant la prêtrise à laquelle ses maîtres le destinaient, il préfère la voie de l’Université et entreprend des études de médecine à Bordeaux. Il réussit avec succès. Il passe sa thèse à Paris en 1876 devant un jury présidé par le Professeur Vulpian, doyen de la faculté et membre de l’Académie des Sciences. Il est couronné lauréat de l’Académie de Médecine l’année suivante.
Dès avant la fin de ses études il est aide d’anatomie. En 1878 il est chef de travaux d’anatomie et chargé des fonctions d’agrégé. En 1881, à 31 ans, il obtient le titre de Professeur Agrégé d’Anatomie et de Physiologie. Il enseigne à la nouvelle Faculté de Médecine de Bordeaux se consacrant uniquement à l’anatomie. En 1884, il est nommé à la chaire d’Anatomie de Lille dont il est le premier titulaire. En 1886, pour se rapprocher de son Périgord natal il permute avec le professeur Debierre pour la chaire d’Anatomie de Lyon. Il y restera 33 ans, jusqu’à sa retraite.
Il donne un enseignement magistral, avec une parole précise, bien articulée, teintée d’un léger accent du Périgord. Il excelle dans les schémas au tableau. Il fait des démonstrations de dissection au laboratoire d’anatomie et écrit de nombreuses publications. Il entreprend l’œuvre de sa vie, « Le Traité d’Anatomie Humaine » dont la première édition est publiée en 1889. L’ouvrage associe un texte détaillé, très complet, de lecture facile à des schémas clairs et en couleur. Il est d’emblée bien accueilli par les étudiants. Cependant il est un peu boudé par le corps médical lyonnais qui reproche à Testut d’être seulement anatomiste et pas chirurgien. Pour répondre à cette critique il publie un traité d’anatomie topographique qui le réconcilie avec les praticiens. Le Traité d’anatomie bénéficie d’une forte audience nationale et même internationale puisqu’il connaît 8 rééditions jusqu’en 1948, et même au delà en Italie et en Espagne. Le Professeur Testut prendra sa retraite en 1919, à 70 ans. André Latarget qu’il considère comme son fils spirituel, lui succède. Il sera associé au nom de Testut dans la 8ème édition du Traité devenu le « Testut-Latarjet ».
Léo Testut a une activité intellectuelle très importante. Dans le domaine de l’anatomie il fonde la Revue Internationale d’Anatomie et d’Histologie dont il est le rédacteur. Dans un domaine proche, il fonde la Société d’Anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest. Il fonde aussi le Journal d’Histoire Naturelle de Bordeaux et du Sud-Ouest et il participe à des travaux d’anatomie comparée au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. En 1889 il fait la description anatomique de « l’homme de Chancelade » découvert près de Périgueux ; sa monographie est la première étude scientifique d’un squelette d’homme préhistorique et sera connue par tous les préhistoriens du monde. Du fait de ses travaux et de ses publications, Léo Testut sera lauréat de la Société Anthropologique de Paris, de l’Institut et de l’Académie des Sciences de Paris. Pour les étudiants et les praticiens, il créera en 1895 une série de manuels pratiques qui deviendra plus tard la « Collection Testut ».
Léo Testut consacre chaque année 3 mois à son pays d’origine, le Périgord. Il étudie l’histoire régionale dans les archives et documents locaux. Il écrira des monographies sur Beaumont, le château de Biron, le village et l’abbaye de Cadoin et naturellement sur St Avit, sa basilique et les vestiges de son château médiéval. Il fait des promenades archéologiques réalisant une collection d’objets préhistoriques. Il s’intéressera naturellement au gisement de St Avit où le chercheur allemand Hauser a découvert le squelette complet d’un homo sapiens.
Mr Audinot, le biographe de L.Testut, écrit: « Léo Testut a hérité de son père une ténacité tenant à l’entêtement, une fierté proche de l’orgueil, un esprit d’entreprise proche de l’ambition ». Pendant ses études il n’accepte que la première place et au cours de sa carrière il occupera toujours la fonction supérieure, mais il faut le dire, par son travail acharné et son mérite propre. Il avait besoin de reconnaissance : ce qui explique qu’il ait choisi comme Président de thèse le Pr. Vulpian. la plus haute sommité médicale del’époque. Sans doute est-ce aussi pourquoi à 28 ans il se marie avec une jeune fille de 17 ans qui était en admiration devant « son savant ». Auprès d’elle, « il se sent compris, reconnu, respecté ». Elle sera pour lui une collaboratrice efficace, l’aidant dans ses rapports avec les éditeurs pour la diffusion et la traduction de ses ouvrages à l’étranger. Malheureusement elle décède à Lyon, trop tôt. Il comblera son chagrin et sa solitude par un travail acharné. Ils n’ont pas eu d’enfants.
Pendant la guerre de 70 il interrompt ses études pour s’engager. Il est affecté comme Aide Major dans les brigades pontificales : il obtient la décoration papale « d’Ambulancier de Genève » et la Médaille Militaire française. Lors de la déclaration de guerre en 1914, il s’engage à nouveau malgré ses 65 ans. Il terminera la guerre avec le grade de Médecin Colonel. Il sera fait Commandeur de la Légion d’Honneur.
Après sa retraite en 1919, il se partage entre Beaumont et un domicile à Caudéran. Il sera conseiller municipal de Beaumont pendant 4 ans mais échouera aux élections du conseil général.
Léo Testut meurt le 16 Janvier 1925 d’une crise cardiaque quelque temps après un accident de voiture qui l’avait beaucoup impressionné. De nombreuses personnalités assistent à ses obsèques. Son éloge funèbre est prononcé par le Professeur Latarjet, son élève et le continuateur de son œuvre . Il repose au cimetière de Beaumont. En 1931 la municipalité de Bergerac honore sa mémoire en donnant son nom à une rue de la ville. En 1992 Lyon inaugure le Musée de Médecine et d’Anatomie et l’appelle « Musée Testut-Latarjet ».
Dr JP Morineaud
PS La ville de Bergerac dans son blog du 22 Mars 09 consacre un article élogieux à la mémoire de Léo Testut, à l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance.
Addendum
1 La faculté de médecine de Bordeaux a été créée par une loi de 1874.
2 Le traité d'Anatomie topographique, publié en 1905 chez Doin, a été rédigé en collaboration avec le Dr O.Jacob Professeur agrégé du Val de Grace.
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